Bon d'accord mais verður gott veður ?
Même pas mal saison 2 ou la Guerre de la morue !! (faut imaginer écrit en lettres rouges qui dégoulinent comme du sang, avec une musique à l’orgue et un rire sardonique derrière, pour coller les fouettes…)
Pour commencer, vous me demanderez : « Mais kessecé la guerre de la morue ? ». Et tout en précisant, si il en était nécessaire, que chacun voit midi à 14h et donc l’explication qui lui sied le mieux, je vous renverrai à la page 44 du Petit Futé sur l’Islande.
C’est habitées d’une foi nouvelle (curieuse cette tournure de phrase, je demande l’homologation du comité de relecture) qu’Aliénor Lolitasdóttir et moi-même, Alix Christinesdóttir, prîmes l’avion ce vendredi 5 mars, direction l’Islande. Et cette fois, pas de pleurnicherie, de tremblement ou de crise de nerfs. Non, rien de tout cela. On a serré les dents, on a inspiré-par-le-nez-expiré-par-la-bouche, broyé la main de notre voisin de siège, mais on a pas moufté. On s’habitue à tout. Faut dire que, normalement, le pilote, quand l’avion est plein de gens qui sont tellement impatients de partir en vacances, ben il roule d’abord doucement, il se promène, il exhibe un peu son nouveau pot d’échappement RS look double sortie ovale biseautée sur les pistes. Et après il s’arrête 2-3 minutes, avant de rouler à fond de balle pour décoller. Mais là, il nous l’a fait sans coup de semonce, direct, marche arrière, demi-tour en 3 temps, et hop décollage. Du coup, pas le temps de paniquer.
Mais alors, déjà qu’on avait pas eu le temps de jouer à la Playstation à l’aéroport et que les douaniers, tout excités d’avoir mis la main sur une contrevenante, avaient envoyé mon couteau à la destruction (me laissant pourtant l’occasion de perpétrer mon attentat avec des épingles à nourrice…), je les trouve un peu cavaliers à Roissy-Charles de Gaulle.
Dans l’avion, il fait beau. Ben oui, forcément, il fait toujours beau puisqu’on est au-dessus des nuages. Par contre, en dessous, il fait moche. Mais tout le monde s’en fout, parce qu’en dessous c’est l’Océan Atlantique et y a personne. Du coup, pour tous les gens qui sont à l’endroit où il fait moche, ben il fait beau… Il fait beau, mais il fait froid. Je veux dire dehors de l’avion (dedans ça va). Il fait -64°C. On est à 11582 m d’altitude (ce qui fait un paquet de marches), et nous volons à 768 km/h, soit 477 mílur/klst. Il est 7h48 à Chicago, 22h48 à Hong-Kong. Quant à Sydney, les Australiens sont déjà demain. 14h48 à Paris et 13h48 à Reykjavík. Mais alors pour nous, il est quelle heure ? J’en suis là de mes réflexions quand Aliénor m’annonce qu’elle n’a pas de poux. J’en suis fort aise et l’en informe. Seulement, elle voulait plutôt dire qu’elle n’avait pas de pouls. Ce qui est plus inquiétant. Mais le problème sera résolu avant l’atterrissage.
Nous regardons Public Enemies avec Johnny Depp en borsalino et en anglais, ce qui nous rappelle que nous allons devoir parler anglais. Pour y échapper, nous prenons rapidement quelques cours d’islandais. Malheureusement, les Islandais, ils savent pas écrire, ils mettent les lettres dans n’importe quel ordre, et même, quand ils savent pas, ils en inventent : ð, þ. J’vous jure, ça ressemble à quoi ?!
Pendant que les gens autour de nous ont des lectures aussi variées que La Roue du Temps de Robert Jordan, Deception Point de Dan Brown, ou For Him magazine, j’écoute le moteur. On l’entend bien, ça doit être un diesel. Et j’ai soudain cette pensée fort classe tout autant que pertinente : « Faudrait pas que l’avion se crache pendant que je suis aux toilettes, ce serait vraiment trop la honte comme mort ». J’attendrai l’aéroport…
Et contre toute attente, nous y arrivons sans encombre, à l’aéroport Leifur Eiríksson. Leifur Eiríksson, c’est le fils d’Erik le Rouge, le Viking qui a découvert le Groenland. C’est comme ça là-haut, ton nom de famille, c’est le prénom de ton père + son si t’es un fils, le prénom de ta mère + dóttir si t’es une fille. Et là, je me dis que ce Leifur, il a du avoir un frère qui s’appelle Sony. Ok, je sors…
Y a un blondinet qui nous attend avec les clés de notre fidèle destrier, qui aurait dû s’appeler Erik le Viking, rapport à sa couleur et tout ça, mais qui, suite à notre cruel manque d’à-propos, se verra plutôt affublé du doux nom de Titine. Comme toutes les voitures. Rapport que « Allez Titine ! », ça sonne mieux.

Après avoir découvert les chips de poisson séché, traversé une trentaine de kilomètres de champs de lave enneigés à l’odeur très prononcée de soufre, et appris qu’ici l’essence on l’achète au Nesti, nous arrivons à notre QG : le Capital Inn, accueillante auberge de jeunesse de Reykjavík. Nous y sommes rejointes par un nouveau compagnon de route en la personne de Baldur, d’origine inconnue, que nous recueillons dans la neige au pied du barbecue. Nous y croisons aussi Claire, autre touriste française, qui se retrouve seule pour ses vacances parce que ses amis trouvent que l’Islande en mars, c’est pas sexy.
Nous commençons notre séjour par une petite soirée romantique en ville : ballade sur le port et dîner aux chandelles, où nous nous entraînons :
1. à parler anglais comme prévu, parce qu’on a fait chou blanc dans notre apprentissage de la langue indigène
2. à convertir les couronnes islandaises (kronur) en euros
3. à nous adapter à l’alimentation locale
Premier essai : la soupe. Oignons, lardons, crème. On maîtrise.
Deuxième essai : le pancake aux vegetables. Soit du riz et des poivrons. Ceux qui me connaissent comprendront mon désarroi.
De retour au Capital Inn, nous nous jetons dans les douches collectives, alimentées directement par les sources d’eau chaude. Il fait humide, chaud, et toujours le soufre. Du coup l’ambiance s’apparente à celle d’un vestiaire de rugbymen aérophagiques.
Ensuite, on fonce au lit, parce que demain, on a du boulot ! Mais c’est là que tout s’accélère. On pensait notre chambre bien insonorisée, parce qu’en fermant la porte on entendait plus le bruit de la chambre froide, qui ronronnait comme le réacteur de l’avion. C’était sans compter que 10 adolescents islandais saouls parlent plus fort qu’un frigo. Heureusement, ils n’avaient que la permission de 2h.